sous le tarmac

« Je reste clouée, je ne sais plus quoi répondre, je capitule. Alors c’est comme ça, on va se dire au-revoir comme ça, sur un dépose minute. Nous nous regardons, impuissants, les yeux plein de tristesse et de désarroi, mais cependant incapables d’envoyer valser les convenances pour nous accorder un vrai adieu. »

A la croisée des chemins à grande vitesse, l’aéroport est désormais incontournable : à la fois, lieu de vie et lieu de passage, reflet de notre société mondialisée. Fascinante et effrayante.Un homme à la peau noire est assis immobile. Il attend.

Au milieu de ce terminal où se côtoient, se cognent, se télescopent ou s’ignorent, des rêves de gosses, des  histoires d’amour, du business de haut-vol, du quotidien et de l’extraordinaire…Il est là. Perdu. Un mélange étrange de tension et d’abattement semble habiter son corps. Je ne parviens plus à détourner mon regard.

Je m’arrête.

Mon envie première était de parler de notre société par le prisme de l’aéroport.
A l’instar d’un journaliste ou d’un sociologue, j’aime trouver un angle original et éclairant pour parler d’un sujet d’actualité. Je me suis donc mis en quête d’instants vécus dans ce lieu fascinant et apeurant. A la fois reflet et symbole de ce monde à grande vitesse où l’humain a parfois du mal à se (re)trouver,

Des témoignages d’hôtesses d’accueil, d’hommes d’affaires pressés, de contrôleurs aériens, de zadistes, de simples touristes ont rapidement constitué le corps de la pièce.

Et puis… dans mon travail de recherche de témoignages, j’ai atterri dans une chambre de centre d’hébergement de demandeurs d’asile.
A quelques centimètres d’un homme qui s’est livré à moi avec simplicité et sincérité malgré la dureté et la violence de son parcours. Notre première rencontre a duré 4 heures. J’en ai oublié d’aller chercher mes enfants à l’école.

L’aéroport est un lieu de mouvement permanent. Cet homme a passé plusieurs heures immobile sur un banc, comme invisible au milieu de la foule voyageuse. Avant ça il avait passé 18 mois dans une geôle militaire en Guinée-Conakry. Depuis, Il a attendu près de 9 mois avant d’être auditionné par un officier de l’OFPRA. Il attend dans sa chambre de centre d’hébergement leur réponse depuis près de deux ans. Il attend. Il espère. Pouvoir revoir sa femme et ses enfants après cinq années de séparation. Sa seule arme est sa patience. Dans ce monde à grande vitesse.

Je pensais faire une pièce à multi-personnages à trois comédiens permettant de manière assez classique et efficace rythmiquement de faire se percuter toutes ces tranches de vies vécues dans des aéroports. Et j’ai compris en quelques secondes de présence face à Ousmane, qu’il ébranlait tout et qu’il fallait que je l’accepte. Je ne savais plus où j’allais mais la confiance qu’il m’accordait était un cadeau.

J’ai finalement fait le choix de mettre en scène comme fil conducteur dramaturgique de la pièce, cette rencontre et cet imprévu qui ont complètement transformé l’idée originelle de la pièce. L’auteur de la pièce est donc de ce fait, un personnage à part entière dans Sous le Tarmac.
Renaud Rocher

É

criture et mise en scène par Renaud Rocher
Distribution : Ernest Afriyié, Marie Berger et Simon Jouannot
Scénographie, création lumières : Renaud Rocher